DIRIGER SON TROUPEAU À CHEVAL

Au terme de quelques journées de marche à la suite d'un troupeau, en prenant le soin de maintenir sa monture de plus en plus loin derrière soi, y compris dans les arrêts, il est tout à fait possible de sauter sur son dos, une fois le cheval désensibilisé par de nombreuses caresses, puis des tapes franches et amicales sur les différentes parties du corps de l'animal qui vont par la suite se trouver au contact du cavalier. Tout comme Hempfling, j'affirme qu'il est préférable de s'asseoir plus vers la croupe qu'au niveau du garrot, d'abord pour le respect de l'organisme du cheval, ensuite pour continuer d'exercer un ascendant sur lui. Prenons pour exemple un animal de 500 kg : chaque membre antérieur est terminé par un sabot plus large que ceux de chacun des membres postérieurs, pour la bonne raison qu'un sabot avant supporte continuellement 150 kg de charge, pour seulement 100 kg pour un sabot arrière. Ce n'est donc pas un pur hasard si la poulinière porte son bébé au niveau de son ventre, plutôt qu'à la hauteur du thorax. Au cavalier, qui représente une surcharge conséquente, d'en tirer les conclusions qui s'imposent : pour celles et ceux qui répugnent à monter à cru, je précise que les selles de conception ancienne (camarguaise, andalouse) permettent d'être assis plus vers "l'arrière main" que les selles anglaises, pour ne citer qu'elles. Personnellement, j'estime que, seule, la monte à cru permet de réellement faire corps avec sa monture. J'ai dit et je rappelle qu'on ne tient pas sur le dos d'un cheval par ce que l'on va appuyer sur tel ou tel étrier (gauche ou droite), ni même en serrant l'animal de ses jambes. Tout au contraire, l'équilibre sur le dos du cheval s'obtient en se laissant "couler" au niveau de ses hanches. Cela se travaille préalablement à pied, devant une glace, puis en marchant lors du "paramétrage" de sa future monture. Chaque jambe doit tomber le plus mollement possible et même, s'écarter des flancs de l'animal, lorsque ce dernier devient plus tendu ; c'est le cas d'un étalon qui aperçoit des juments. Personnellement, je passe une simple corde dans la bouche de mon étalon et, mes épaules étant toujours fixes (cf page précédente) j'imprime de simples contractions dans la paume de la main qui tient la "rêne" nécessairement tendue, dès lors que mon cheval est en avant. Tant qu'il ne l'est pas, ma main se garde bien de tendre la rêne. Une fois sur le dos de mon étalon, la régle n°1 est de le mettre en avant et ce n'est qu'une fois que ma monture s'ébranle ... Que je m'emploie à recueillir une partie de son impulsion dans la main qui le gère ; celle-ci maintient la rêne comme s'il s'agissait d'un petit oiseau : suffisamment fermement pour qu'elle ne m'échappe pas, mais avec délicatesse et tact, pour ne pas écraser cet "oiseau", donc la bouche de mon cheval. Parfois, dans cette même main, je cale ma fine baguette de saule, de telle manière à ce qu'à intervalles espacés, elle puisse venir titiller le sommet de la croupe de mon étalon et je surveille ses oreilles, afin qu'il m'indique si j'ai été suffisamment délicat avec lui, ou si je l'ai vexé ... Des oreilles qui se couchent, voire une queue qui fouille (on entend son claquement) est un mauvais signe ... Je n'insisterai jamais assez sur la posture du cavalier, laquelle conditionne chaque instant passé sur ce merveilleux vaisseau : souplesse onctueuse des hanches, fixité à toute épreuve du buste comme des jambes. Aucun problème ne peut survenir tant que le ou la cavalière s'en tient à ce fondamental ... Certes, il arrive parfois que l'on soit destabilise par un brusque ecart de notre monture, auquel cas, instantanement, il est necessaire de contrecarrer cette perte d'equilibre par un simple, mais non moins energique coup de rein lateral. La position verticale retrouvee, le torse fier et les hanches on ne peut plus coulantes, on retrouve sans trainer les "commandes" de l'animal, que ce dernier accepte tant qu'il y a du tact. Le couple cheval + cavalier est alors pret a conduire son troupeau dans les paturages ! La presence des ruminants rend, qui plus est docile, le plus fringant des "entiers", quoique dans ses deplacements, il va falloir se mefier de ce que le cheval ne pietine pas un agneau ou une vieille mere par pure inadvertance ... Il est pour cela neccessaire de manier un fouet, voire une simple corde, dont les sifflements repetes viendront prevenir les animaux du troupeau du possible danger que constitue le cheval dans sa progression. Or cette simple action d'une corde qui tournoie, tandis que le cheval avance au pas, voire au trot leger suffit a obtenir du troupeau qu'il se replie, a l'endroit precis que l'on gere sans trop d'effort, puisque l'on est a cheval. A l'inverse, doser l'intensite du travail d'un chien est beaucoup plus complexe. Le troupeau nessecite le plus souvent qu'on le contrarie dans sa progression spontanee par petites touches. Naturellement, le troupeau qui s'ebranle forme une sorte d'amande, si on le regarde depuis une hauteur en surplomb ; puis, tres vite les betes mues par l'instinct de rechercher le meilleur et d'y arriver les premieres, s'ecartent progressivement jusqu'a former, au "final" un fer a cheval, voire un cercle complet. La cohesion du troupeau eclate ! Evidemment, tant qu'il est situe dans des immensites d'herbages ras, il va pouvoir composer avec cette configuration extreme, mais des que les herbes sont hautes, voire si le troupeau pature au milieu d'un bois ... C'est precisement la que les choses se gatent ... Ainsi, outre le rabattage continuel des animaux, je recommande de cotraindre le troupeau a revenir frequemment sur ses pas. Ceci a pour effet de rendre les chevres ou les brebis plus promptes a brouter, pour la bonne raison que si retour il y a (retour au parc de contention) il faut alors se depecher de manger !!! Ainsi, a force de rabattre les animaux, comme une pate a pain que l'on travaille au rouleau, on finit par travailler sur un cercle ... Tournant sur lui-meme ... Tout comme n'importe quelle planete lancee sur son orbite. Le troupeau est ainsi contenu, selon les lois memes de la gravitation ...
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