Le Troupeau dans ses deplacements

Une fois resolu l'acces a plusieurs centaines d'hectares de parcours ... Une fois vos animaux (rustiques) acchetes ... Pour vous rapprocher de l'ideal du Post-elevage, il vous faut a present garder chaque jour votre (petit) troupeau dans les bois, la garrigue ... Ou le maquis ... La cloture, en effet, n'est pas un systeme efficace, pour qui a choisi de se refuser de complementer ses betes avec des aliments issus dex cultures, voire de l'industrie. Des chevres en parc vont finir par maigrir, tant la Nature leur a imprime l'idee que c'est en se deplacant continuellement qu'elles vont parvenir a trouver tous les nutriments dont elles ont besoin. Ainsi, a force de mois passes a voir deperir, puis mourir vos chevres, vous vous resolvez a les emmener a votre suite dans les bois. Vous avez pris soin d'ensonnailler avec de lourdes "cloches" (sonnailles, en prov.) ceux de vos bouvs ou des plus fortes chevres qui marchent, quoi qu'il arrive,invariablement en tete de la troupe. Cela vous evitera d'avoir constamment des betes qui se "coupent" a l'arriere du troupeau et qui deviennent la proie des chiens qui divaguent, de 4x4 presses ou qui se refugieront dans le prochain potager bio, a juste quelques petits km de la ... (Je parlerai plus en detail des sonnailles et de leurs colliers lorsque j'aurai resolu le probleme de la creation de mes album photo). Une fois vos "menoun" ensonnailles, vos "flouca" amadoues (si vous possedez des brebis : cf mes textes precedents) vous partez en tete du troupeau dans la direction ... Que vous ne choisirez pas toujours, surtout au debut de votre apprentissage ... Certes, vous pouvez toujours "envoyer les chiens", mais ceci suppose de disposer de deux chiens au moins excellement dresses, au point de comprendre a votre place le travail que vous leur demanderiez si ... Vous etiez experimentes ! Mieux vaut donc partir garder a cheval, sachant que je parlerai en detail de la monte naturelle, tout comme de l'education de votre monture. Ainsi, le troupeau qui s'engouffre dans un espace sauvage qui semble lui convenir, au regard des especes vegetales qui y prolifere, va donc s'elancer au pas de course, plus occupe a distancer la concurrence qui l'enserre de toute part, plutot qu'a se gaver, histoire que vous puissiez rentrer "a l'heure", les betes repues. Ce qui est tout un art. En effet, si on laisse evoluer le troupeau a sa guise, les betes les plus vigoureuses vont entrainer les plus faibles dans une folle course-poursuite, laquelle, tres vite, aura pour effet d'eliminer les sujets les plus faibles : c'est une strategie efficace pour arriver au but du post-elevage, a savoir la selection des lignees les "meilleures". Naturellement, j'ai tente l'experience durant 10 mois en 2001, de laisser operer la "Nature", mais j'ai eu les services veterinaires qui se sont alors alarmes de l'etat de maigreur du troupeau : sur pres de 400 tetes, j'en avais deja perdu 90 au mois d'octobre, aussi ai-je decide d'operer une selection plus douce ... Tres sincerement, je pense que pour retrouver un comportement de survie de betes, tels les Mouflons ou les Bouquetins, capables de gratter la neige durcie en hiver sur 50 cm et plus, pour aller arracher des bouchees d'herbes gelees et ... Survivre, il sera necessaire de travailler patiemment sur de longues generations d'animaux, certainement en les laissant frequemment se croiser, l'ete en alpage, avec des souches reellement sauvages ... Et la deuxieme propension d'un troupeau domestique, livre a lui-meme, consiste a se scinder en petits lots tres rapidement autonomes, les uns par rapport aux autres. Ainsi, qui pretend garder son troupeau une annee complete et ramener 90% de son cheptel a bon port au terme de cette annee (...) devra s'appliquer a ne point trop en egarer ... Parce qu'une annee, c'est long ; a commencer par les journees de garde. Ainsi, pour un novice, je preconise de commencer par laisser le troupeau le plus longtemps possible dans un enclos, ou la nourriture foisonne. En lachant a l'exterieur les betes sur le soir, cela presente le double avantage qu'elles sont a moitie rassasiees, d'une part et, de l'autre, que, la tombee du jour aidant, les ruminants paraissent toujours plus presses de manger. En realite, leur empressement est directement lie a leur sensation de faim, laquelle s'accroit avec la fraicheur et decroit au fur et a mesure que la chaleur s'installe. Le temps sublime poir partir garder un troupeau consiste a presenter un ciel couvert, ainsi qu'un petit vent. Par grand vent, les betes sont tres nerveuses. S'il fait trop chaud, elles jouent la montre et se couche pour ruminer comme si de rien etait ... Un gros avantage lie au fait de partir garder a la fraiche consiste a economiser les herbages, en ce sens qu'en les pietinant en dehors des heures chaudes, les tiges peuvent se guerir. Sinon, blessees a mort, elles se dessechent et perdent enormement de leur valeur fourragere. Lachant donc le troupeau en dehors du parc, a la fraiche, le mieux est de laisser filer les betes sur une bonne centaine de metres, histoire de leur donner l'impression qu'elles sont libres ! Sans quoi, elles pouraient alors s'arreter quelques temps de brouter, ce qui a pour effet de retarder d'autant l'heure du retour ... Je precise a ce sujet que des betes a la panse bien remplies (cote gauche de l'abdomen ballonne) vont pouvoir "tenir" jusqu'au lendemain entre 8h et 14h, selon la temperature. En effet, pour etre en bonne sante, le troupeau vit toute l'annee dehors. En hiver, lorsque le thermometre en Provence tombe la nuit a - 12 degres Celsius, je "rentre" mes betes au camp vers 23h pour les relacher des 7h du matin ... Ce qui fait de belles journees, car, lorsqu'on travaille seul, garder son troupeau n'est pas l'unique tache, loin s'en faut ! Mais revenons ici a nos moutons ou a nos chevres, qui, lachees a la bonne heure, se ruent maintenant a travers le maquis ... Les premieres courent et les maigres, les vieilles, les bebes suivent comme ils ou elles le peuvent ... Il ne va pas falloir tarder de stopper cette progression folle et j'expliquerai dans une prochaine page comment y parvenir a cheval, muni d'un fouet ou d'une simple corde. Aussi, des que l'on parvient a faire se replier le troupeau sur ses pas, fort curieusement, les betes s'appliquent soudainement a manger, au lieu de courir. A force de faire replier le troupeau sur ses pas, on finit bien-sur par empecher les animaux de brouter. Il faut ainsi gerer au mieux les moments ou on laisse filer le troupeau et ceux ou on le fait se replier. En somme, les tout premiers jours, c'est assez facile de garder son troupeau, mais les difficultes s'accumulent au fur et a mesure que la reserve fourragere fraiche diminue. Il faut alors partir chaque fois plus loin. Et etre certain de rentrer le soir avec ses betes repues, sans quoi elles se battraient toute la nuit durant, se blesseraient dans le cas de chevres a cornes, se tueraient .. Et le lendemain, une journee "galere" en perspective ! Car, comme le rappelle le dicton : ventre affame n'a pas d'oreille ... Rien n'est pire, en effet, que rentrer dans son enclos de repos un troupeau qui ne soit pas rassasie. De la que ceux qui vivent en tribu ou en simple famille se debrouillent pour que leurs troupeaux puissent paitre jour et nuit, sans interruption. Les betes repues deviennent soudainement dociles. Elles finissent en outre par s'engraisser, mais, contrairement aux animaux d'elevage, de lipides riches en omega 3, entre autres nutriments de valeur decoulant d'une alimentation saine. Ceci rend les meres aimantes vis a vis de leur(s) rejeton(s), parce qu'une mere allaitante maigrit en seulement 3 semaines si elle ne trouve pas de l'herbe en abondance. Ou des rameaux bien frais, ce qui est rarement le cas dans les collines mediterraneennes. Cet amaigrissement les rend squelettiques et celles qui s'en sortent le mieux empêchent alors leur bébé de continuer de téter. De ce fait, c'est sa survie à lui qui est mise en jeu, parce que, seuls, des brins d'herbe fraîche lui permettrait de se nourrir d'une façon suffisante. Ainsi, les collines où j'ai choisi de me retirer depuis 2004 constituent-elles une sacrée épreuve de sélection pour les mères et leur progéniture. Je dois, de ce fait, emmener mon troupeau suffisamment loin tous les jours, pour couvrir une surface suffisante afin que les mères et les plus jeunes puissent trouver une quantité "suffisante" de verdure, en l'occurrence en été : des pointes de genêts à balai, des garances et 6 ou 7 autres espèces herbacées qui, une fois ingérées, vont alors permettre de croquer des feuillages plus secs, comme du chêne vert, du romarin ou du ciste cotoneux. Notons au passage que la majorité de ces "simples", souvent dénommés "mauvaises herbes" possèdent de telles vertus qu'elles figurent en bonne place dans les meilleurs ouvrages dédiés aux plantes médicinales ... Or, pour emmener son troupeau de plus en plus loin, encore faut-il savoir convoyer les bêtes, car à les laisser courir, même sur quelques centaines de mètres, on prend le risque de faire maigrir un grand nombre. Chose que peuvent se permettre les bêtes sauvages, mais pour deux raisons : la première tient au fait qu'elles ne passent jamais de temps dans un parc de contention, où il n'y a rien à manger ; la seconde, c'est que leur comportement n'a rien à voir par rapport à celui des bêtes d'élevage. L'autre jour, j'observais 5 minuscules marcassins progresser dans un bois : un, qui marchait en tête, jouait le rôle de chef de la meute eh bien, il était d'une infinie prudence qui forçait le respect et l'admiration ... Jamais des porcelets ne pourront se comporter de la sorte ! Or, pour en finir provisoirement avec la conduite d'un troupeau durant de longues heures chaque jour, il faut garder à l'esprit que les bêtes courent dans le sens du départ vers tout ce qui peut être nouveau, tandis qu'elles ont plus tendance de brouter lorsqu'on les contraint de revenir sur leurs pas ; ainsi je pousse mes bêtes sur une sorte de cercle, lorsque je lees conduis dans un bois, fait que l'ONF sanctionne par une citation à comparaître en correctionnelle ... Grâce à une telle politique, les forêts du Sud sont régulièrement la proie des flammes, mais ... A bien y réfléchir, il semble que les feux de forêts rapportent à beaucoup de monde ; QUID PROD EST ? à qui profite le crime ... Nous en reparlerons très prochainement, comptez sur moi !!
Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :