Faire (un seul) corps avec sa monture
Une fois l'animal adulte, que l'on souhaite acquérir, patiemment repéré dans un elevage où les bêtes paissent en liberté, toute l'année au dehors, non ferrés. Où les poulains ne sont pas
précocément arrachés à leur mère, mais vivent jusqu'à l'âge de 4 ou 5 ans, au moins en compagnie des leurs. Où, donc, le mâle reproducteur dominant vit en permanence au milieu de son clan, ce qui
a, notamment, pour effet d'inhiber les ardeurs sexuelles des jeunes mâles (naturellement non castrés) ... Je recommande de s'approcher en "dominant" de sa future monture. En effet, les animaux ne
disposent pas d'un langage verbal tel que le nôtre, aussi sont-ils contraints à se fier à ... Ce qu'ils voient et donc perçoivent de leurs "interlocuteurs". Toute gestuelle se transforme ainsi en
un "langage" pour les animaux. Si vous vous approchez "l'oeil aux aguets", en somme peu assuré, inquiet ... Vous allez nécessairement communiquer et transmettre un total manque d'assurance à votre
(éventuelle) future monture. Vous perdez gravement des points. J'estime à ce sujet que le premier contact avec un animal est très déterminant pour la suite de votre relation. Ainsi, si d'emblée,
vous vous approchez avec grace et noblesse, tout comme un étalon se met au passage, tout naturellement, lorsqu'une jolie jument circule dans les environs, alors, immanquablement, vous allez donner
envie à cet animal noble de se rapprocher de vous, de se soumettre en toute équité. Car pour assurer sa survie, j'ai dit précédemment que le cheval recherche naturellement la compagnie d'êtres qui
peuvent lui apporter de la sécurité. Tant que votre atttude restera noble et juste, n'importe quel "étalon dominant" acceptera que vous le "dominiez". Par votre noblesse, votre force mentale, votre
ténacité, votre patience, votre douceur, votre fermeté. En un mot : votre justesse. Vivre avec des animaux de longues années durant permet de s'affranchir de toute espèce d'orgueil mal placé pour
devenir juste. Et, par conséquent, droit. Droit dans son esprit, c'est être droit dans son corps. L'humainn possède ceci de particulier, qui le distingue de tous les autres bestioles, c'est qu'en
toute circonstance, il se tient toujours droit. Tout animal qui tente d'intimider son entourage va se dresser : du serpent à l'éléphant qui relève sa trompe ... Ainsi, lorsqu'un humain ne se sent
pas assez grand ou droit, il va s'aider d'un bâton. Les singes lui ont donné cet exemple, qui se saisissent d'une branche pour écarter un serpent et ce n'est pas un hasard si un berger marche
toujours avec un bâton à la main ... Les rois de l'Antiquité arboraient également leur sceptre, symbole de leur pouvoir ... Ainsi, souvent, lorsque je me rapproche d'un étalon dont je perçois qu'il
cherche une certaine confrontation, en plus de me tenir fièrement face à lui, je tends un index au-dessus de ma tête, comme s'il s'agissait de mon oreille (de cheval dominant). Mon regard exprime
fierté et détermination. L'étalon juste en face de moi se soumet. Tout comme un animal dominant, je reste un certain temps dans mon attitude de domination, histoire de m'assurer que mon
interlocuteur a bien accepté le message. Je reste ainsi bien face à lui, à 3 ou 4 pas, au moins. Notez qu'au plus vous serez capable d'exercer votre domination à distance, au meilleur sera votre
rapport ultérieur avec votre (future) monture. Alexis Gruss, pour ne citer que lui, exerce son pouvoir à 6,50m du cheval qu'il travaille : ceci correspond à la distance qui sépare le milieu de la
piste de cirque de son périmètre. Certes, j'entends les gens qui disent (Planète Cheval au naturel, n°15, printemps 2009) que nous ne pouvons plus nous comporter avec les animaux comme par le passé
; que les temps ont changé ... Certainement que les temps ont changé, notamment pour ceux qui commercialisent habilement un savoir qui peut-être par ailleurs intéressant ... Toutefois, les animaux,
même "modernes", n'ont pas changé du tout au tout : un étalon ou une jument dominante continue de se faire respecter à coups de sabots ou de dents. J'en ai fait moi-même l'expérience avec un âne
que je "chouchoutais", précisément parce que je savais qu'il était "mordeur"; j'ai cru pouvoir l'amadouer, m'en faire un ami ... En lui prodiguant moultes caresses et mimis ... Le samedi 26 août
2006, si je n'avais pas possédé un poignard accroché à ma ceinture, je ne serais pas là pour rédiger ces lignes. Cet après-midi là, j'avais tendu un seau empli d'eau à cet animal, dont je percevais
qu'étant immobilisé en plein soleil, il était assoiffé ; naïvement, j'ai approché le seau comme on me l'avait appris, en le calant sur mon genou et le retenant par son anse. L'âne (entier) s'est
précipité vers le seau ... Mais a saisi mon poignet (gauche), la gueule grand ouverte, pour enfoncer notamment ses crochets dans mes chairs, puis serra alors jusqu'à m'éclater le cubitus ! Mon sang
giclait de partout et l'animal se dressait alors sur moi pour me faire basculer et se coucher de tout son poids sur son gentil "ami"... Hurlant de douleur, j'ai tenté de lui saisir une oreille (que
lui avait instinctivement plaqué le long de son cou) mais la souffrance que lui m'infligeait était telle, que je me sentais "partir"... J'ai cru que je m'évanouissais. C'est alors que je me suis
"souvenu" que je possédais un couteau de chasse, pendu dans son étui, juste du côté droit : d'habitude, en effet, je le portais à gauche ... Et pour revenir à ceux qui s'auto-proclament défenseurs
de la cause animale, je note qu'eux-mêmes font état d'une histoire similaire (page 56 du n° cité cci-dessus), entre une cavalière et la jument à laquelle elle apportait son avoine ... La moralité
que j'ai retirée de mon accident (70 jours avec le bras gauche HS), c'est ce vieil adage, que je n'aimais pas étant jeune : "Charité bien ordonnée commence par soi-même ..." Sous-entendu que pour
donner, pour apporter quelque chose à quiconque, il faut commencer par être (fort) soi-même. Voilà pourquoi je parle de fierté, de noblesse, de droiture avec les animaux, les étalons en particulier
; avec mes "prochains" également ... J'affirme ainsi que la posture du prétendant-cavalier est déterminante pour la suite de ses rapports avec son partenaire. Se tenir droit, noble et fier dans son
buste, notamment, est une chose ; mais progresser au pas, d'une allure souple, féline en est une autre ! Je recommande de commencer par s'entraîner à marcher un verre d'eau rempli à ras bord à la
main ... Ceci aide à acquérir cette souplesse des hanches qui va par la suite distinguer un vrai cavalier d'un ... Pseudo équitant. Car, comment prétendre aimer son cheval, si, lorsqu'on grimpe sur
son dos, on s'avère incapable de fondre son propre mouvement corporel dans celui que devrait nous imprimer le dos de notre monture ??? Le secret de l'équitation repose sur la totale dissociation du
mouvement de nos hanches par rapport à toute autre partie de notre propre corps. Faites donc cet essai devant un miroir de votre taille : positionnez-vous les jambes écartées, comme si vous étiez à
cheval, redressez fièrement votre buste, tendez vos bras, pour que chaque index vienne se poser sur l'image de vos épaules dans le miroir, puis faites onduler vos hanches, comme si votre monture
fictivement sous vous progressait au pas ... SEULES, VOS HANCHES BASCULENT, mais ni vos épaules, ni vos mollets. Ceci signifie que votre main qui est censée tenir les rênes va rester fixe, de même
que vos pieds. A cette condition, vous pouvez commencer à vous imaginer sautant sur votre prochaine monture ! Mais, dans la progression que je vous propose, vous n'allez surtout pas commencer par
vous mettre en posture qui pourrait trop vite devenir délicate. A aucun moment, en effet, votre future monture ne doit pouvoir déceler une porte (à moitié ouverte) par laquelle s'engouffrer et
s'enfuir. Pour l'heure, vous apparaissez noble et respectable aux yeux de votre cheval ; vous devez confirmer cette sensation que vous lui inspirez. En fait, 90% du conditionnement de votre animal
va s'effectuer au sol, c'est à dire : vous à pied, toujours en posture noble et fière, vous MARCHANT DEVANT ... A la suite de n'importe quel troupeau. Demandez à un berger dans vos environs le
droit de le suivre lorsqu'il sort son troupeau. Munissez-vous d'une paire de gants en cuir, d'une corde de 10m au moins (de type escalade) et d'une baguette de saule d'1m environ. Votre cheval est
tenu par un simple licol et vous marchez DEVANT LUI, toujours devant, quitte à opérer un virage lorsque votre animal vous dépasse ; le but est d'arriver à ce qu'il accepte de rester continuellement
à plus de 4m de vous, y comprois lorsque vous vous arrêtez. Les premiers temps, vous dressez la baguette de saule avec tact, histoire de faire respecter la distance minimale au cheval ; je me sers
souvent juste d'ondulations que j'imprime à la corde par de petits mouvements de poignet. Votre domination est assurée lorsque, spontanément, le cheval accepte de s'arrêter à 4 ou 5 mètres de vous,
immobile face à vous. Si passent des cavaliers, vous dressez votre baguette ou votre doigt au-dessus de votre tête, telle une oreille d'animal dominant et, tout en usant de votre voix pour calmer
le cheval (s'il est entier) vous l'immobilisez jusqu'à ce que les autres cavaliers se soient éloignés. Vous ne relâchez pas votre tension sur l'animal jusqu'à ce qu'il se soit nonchalament remis à
marcher, voire à brouter. Suivant un troupeau dans sa progression, contrairement au manège où le cheval s'ennuie très rapidement, vous pouvez l'emmener de longues heures durant, en le laissant
brouter lorsque VOUS l'acceptez, jamais contre votre volonté. En effet, le cheval va très vite percevoir la moindre petite issue ... Et s'y engouffrer, alors, "malgré vous". Aussi, ne perdez jamais
de vue ce que disait un écuyer anglais du début du siècle dernier, James Fillis : "Ne te fâche jamais contre ton cheval, tu te fâcherais alors contre toi-même ..." En somme, le vieil adage qui
consiste à user d'une main de fer dans un gant de velours reste plus que jamais d'actualité, selon moi. Vivre au contact d'animaux, quels qu'ils soient, mais a foortiori un cheval qui pèse si
lourd, requiert une vigilance de tous les instants. Tel une casserole de lait que l'on pose sur le feu ...
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