GARDER SON TROUPEAU À CHEVAL

Pour celle et ceux qui ne sont pas coutumiers du travail de précision avec un chien, je préconise de garder son troupeau à cheval. Ceci permet de diriger les bêtes avec beaucoup d'aisance et un minimum de fatigue. Je recommande d'utiliser une monture issue de races anciennes, de type Camargue ou Fjord, ne serait-ce que pour des raisons d'adaptation à la Nature. En outre, ces chevaux-là possèdent une morphologie qui leur permet de s'économiser tout au long de la journée. L'angle que forme leur épaule avec le reste du membre est beaucoup plus ouvert que celui des chevaux "améliorés" par l'homme. Ceci leur confère une amplitude de mouvement beaucoup plus restreinte ; le sabot avant butte pour ainsi dire à chaque pierre. Mais l'effort de progression est très inférieur à celui d'un cheval espagnol, sélectionné pour briller. En outre, je recommande de choisir un cheval aux pattes les plus fines possibles. Ce caractère est celui qu'a sélectionné la Nature. Ce sont les paysans qui ont sélectionné les animaux aux membres épais, selon eux "plus puissants", cce qui reste à prouver lorsque l'on compare un âne et un cheval de trait ... A masse corporelle égale, un âne tracte ou porte bien davantage qu'un cheval. Ceci est du au fait, que jusqu'il y a peu, les ânes étaient des animaux dont le standart était resté très proche de celui des bêtes sauvages : un corps long, des pattes fines et courtes, un pelage non uni, avec du blanc sous le ventre, la "raie de mulet" sur le dos, des os très durs. Or, malheureusement, les humains qui ont fait ce postulat qu'il leur fallait supplanter la Nature (postulat qui est à l'origine de l'agri-culture comme de l'industrie) ont cru devoir modifier jusqu'aux animaux qu'ils ont dompté : tout comme avec les plantes, ils se sont mis à sélectionner, puis à croiser entre elles des souches de plus en plus grosses, mais pas forcément plus résistantes à l'effort ou plus puissantes. Notons qu'en agri-culture, les hommes ont pareillement sélectionné les fruits ou les légumes susceptibles de plus se gorger d'eau au niveau des cytopasmes des cellules, ce qui a eu pour effet de rendre ces produits plus périssables, car plus fragiles ; donc plus chers à transporter jusque chez les consommateurs ... Mais une "meilleure" auxèse (phase d'allongement cellulaire) ne signifie pas que la méxèse (phase embryonnaire de la multiplication cellulaire) ait été accrue. Ainsi, une pomme de gros calibre (90 et +) n'est pas nécessairement plus nutritive qu'une pomme de calibre inférieur à 60 mm. En effet, au "stade T", moment où le fruit passe de la forme générale d'une boule à celle d'un coeur (coupe du haut d'une pomme mature), la méxèse est finie ; commence alors l'auxèse. Si l'arbre est irrigué, ses racines ne sont donc pas développées pour aller chercher profondément dans le sol les nutriments, dont l'eau, qui sont nécessaires à sa bonne (et saine) croissance et le gros fruit est surtout gonflé d'eau. C'est le même phénomène qui se produit si l'on arrache un plant de thym de ses roccailles, pour le transplanter dans un potager copieusement fumé et irrigué : le thym ainsi expatrié perd toute identité et saveur. Il n'est plus du thym. J'ai emprunté ces deux exemples aux plantes pour faire comprendre ce qui s'est passé avec les animaux d'élevages depuis la nuit des temps du Néolithique. Très vraisemblablement, nombre d'ânes ont échappé à cette règle qui veut que tout ce que l'homme imagine et produit est "mieux" que ce que la Nature nous propose ... (Gratuitement, alors que les humains imposent un prix à payer ...) grâce aux bergers, qui eux, depuis la nuit des temps, se sont appliqués à s'adapter à la mère Nature, plutôt que chercher à l'affronter par principe. C'est grâce aux bergers que les chèvres descendantes du markhor ont traversé les âges avec d'aussi jolies cornes. Cornes qui sont de plus en plus absentes des élevages intensifs, que ce soit en brebis, chèvres ou encore en vaches ... Ainsi, pour revenir à nos chevaux, je recommande de rechercher un animal dont la morphologie se rapproche des bêtes sauvages. Il reste alors à monter sur le dos de cet animal afin de se faciliter le contrôle de la conduite du troupeau. Je parlerai dans une prochaine page de sa protection vis à vis des chiens qui divaguent, voire des ours ou des loups ... Ici, concernant l'ascendant que l'humain se doit d'exercer sur sa future monture avant de se risquer à monter sur son dos, je me fonde sur ce que la Nature m'a donné d'observer. Ainsi, "ma" méthode n'est certainement pas la meilleure, mais elle est éprouvée. Du reste, historiquement parlant, les bergers sont devenus les premiers cavaliers, ainsi que Hérodote l'a lui-même reconnu en évoquant les Scythes de l'Antiquité. Une raison très simple, qui a conduit les nomades à jeter les bases de la chevalerie, tient au fait qu'élevant des juments pour les traire, ils se sont rendus compte qu'ils pouvaient encore utiliser les chevaux pour transporter des fardeaux : bois, eau, paquetages. Ils ont alors découvert qu'ils exerçaient un ascendant puissant sur ces animaux, naturellement sauvages, libres et ... Indomptables ! En effet, au contraire de l'âne qui est une bête courageuse, dure et qui fait face au danger, le cheval a choisi la stratégie de la fuite, comme nombre d'herbivores, du reste. Il s'agit ainsi d'un animal génétiquement peureux et c'est lorsqu'il se sent en nombre qu'il sait qu'il est dans une sécurité relative. Le nombre, chez les bergers, est assuré par le ou les troupeaux. A ceci s'ajoute le fait que les bergers les ont alors bâtés ; ainsi, nécessairement, les hommes ont du marcher DEVANT, histoire d'imposer une trajectoire précise aux bêtes de somme. Naturellement, ces dernières se sont vues imposer une hiérarchie, laquelle est fondamentale dans nombre de sociétés animales et tout particulièrement chez les herbivores. Se trouvant en présence de "dominants naturels" dans la personne de leur conducteur, les chevaux ainsi bâtés sont devenus soumis, par pur confort mental, puisque, je le répète, il s'agit d'animaux peureux. Une fois soumis à l'humain, ce dernier l'a attelé à des travois, puis à des chariots des plus rudimentaires, dont les roues étaient constituées de pins tordus à la vapeur autour d'un axe hérissé de branches pour tout rayons (in "Les Premiers Cavaliers" éd. TimeLife, 1974). Ce n'est que "tardivement" que certains nomades se sont alors risqués à venir s'asseoir à califourchon ... Sur les reins du cheval. Car c'est là, en effet, que l'animal a le plus de puissance. Les membres antérieurs doivent quant à eux supporter le sur-poids du à l'ensemble cou et tête. En outre, un cheval est mieux dominé par son interlocuteur si ce dernier se positionne en retrait du cou et du garrot (in "Danser avec les chevaux", K.F. Hempling, éd. Vigot). A la condition d'user d'aides délicates et non de traitements odieux comme cela se voit au Maghreb ou ailleurs, on obtient du cheval compréhension et docilité, par le simple fait que ce dernier est toujours en recherche de protection ainsi que de complicité. Cette relation établie, il est alors nécessaire de se positionner sur le dos de sa monture, de telle manière que l'animal ne soit aucunement contrarié par la présence de son fardeau, sa masse exceptée. LA SOUPLESSE DU BASSIN, et du moins, des hanches est fondamentale pour être accepté par n'importe quel cccheval. En effet, un bassin "souple", liant, va s'adapter aux moindres variations qui se produisent dans le dos de l'animal, variations dues aux mouvements, parfois imperceptibles ... Deux graves erreurs sont en général commises par les cavaliers (des clubs, mais tant d'autres aussi !) : la première connsiste à prétendre "tenir à cheval" en serrant les cuisses, voire tout le long de chaque jambe. La deuxième résulte de l'emploi des selles, qui offrent - pour ne pas dire imposent - toutes d'user des étriers, accessoires inventés pour le combat (lance, ou encore archerie chez les Moongols), alors qu'en pressant son pied sur ce support, invariablement, la jambe est raidie. Ainsi, l'articulation de la hanche se fige : le cavalier ne fait aussitôt plus corps avec sa monture. Le dos de cette dernière subit des à-coups soudain désagréables, or il ne faut pas oublier que rien n'est pire pour un cheval que se retrouver avec un prédateur (panthère, loup) sur son dos. D'un tel inconfort induit par le raidissement du cavalier résulte une attitude de plus en plus défiante de la part du cheval. A défaut de "rodéo", ce dernier va accélérer son allure, trotter d'une façon saccadée ou ... Ne plus se laisser monter. Je ne prétends pas traiter de toute l'équitation sur une seule page, ni même sur ce blog, sachant qu'à mes yeux, s'il y a un cavalier qui a tout compris et tout explicité, c'est Klaus Ferdinand Hempling. Lisez son ouvrage "Danser avec les Chevaux", il vous en coûtera 27 euros seulement, vous ne serez pas déçu ! (à suivre)
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