LE LOUP ET LA MONDIALISATION

Si l'on en croit les spécialistes - les paléo-anthropologues et autres pallynologues - notre espèce humaine se serait épanouie dans les immenses zones de forêts tropicales, voire équatoriales. Là où les fruits les plus divers poussent toute l'année durant, fruits sauvages bourrés de fibres et de protéines, à l'opposé de nos cultivars modernes, lesquels privilégient, outre les sucres, un "calibre" qui est intimement lié à la teneur en eau du cytoplasme cellulaire. De là que l'agriculture intensive pulvérise ses fameuses "hormones de croissance", pour ce que ces dernières, en rendant la paroi des membranes cellulaires plus poreuse, contraignent l'eau, massivement apportée par l'irrigation, à inonder chaque cellule. D'où des fruits - comme des légumes - plus gros, plus juteux ... Mais ô combien moins nutritifs que les fruits sauvages, d'autant que ces derniers, n'étant jamais "traités", hébergent de ce fait un ver ... Qui, lui, est rès riche en protéines ! C'est ainsi que nos lointains ancêtres, à l'instar des chimpanzés - qui sont nos plus proches parents animaux - ne consommaient quasiment que de tels fruits. Katharine Milton de l'université de Berkeley (Californie) a démontré combien la quête des meilleurs fruits a permis un développement cérébral qui est le double, à masse corporelle égale, par rapport aux primates qui se sont contentés, eux, de ne consommer que des herbes ou des feuilles. On peut donc en déduire que le fruit ("pummum" en latin = pomme en français) a joué un rôle prépondérant dans l'évolution de notre espèce humaine, ce que les textes de la Genèse biblique mettent en évidence, en symbolisant tout aliment par un fruit, ou "pomme". Puis, progressivement, certains "peuples" se sont alors mis à consommer de la chair animale, à l'instar de certains groupes de Chimpanzés d'Afrique occidentale, notamment. En fait, il ne s'agissait pas de chasse à proprement parler, puisque l'enjeu consistait à dérober la carcasse d'une antilope à quelque léopard, chose que les chimpanzés réalisent quant à eux à force de coups de pierre lancés sur le prédateur, lorsque ce dernier à hissé sa proie sur un arbre. Or à ce petit jeu de "super-prédateur", on peut imaginer que nos lointains ancêtres ont rapidement excellé ! Et supplanté les autres primates. En effet, l'homme sait tailler la pierre en deux arrêtes identiques, d'où des pointes de sagaïe, depuis 1,7 millions d'années environ et les premiers éclats de roche utilisés pour trancher dateraient de 3 millions d'années au moins. Ils ont été mis en évidence en Grande Bretagne, à Clacton on Sea, d'où leur dénommination d'éclats "clactoniens". Et lorsque j'annonce en titre que le Loup fut étroitement lié à la "mondialisation" de notre humanité, c'est parce que, à l'inverse de nombre de félins, qui peuplent essentiellement les zones comprises entre les tropiques - zones où poussent par ailleurs des fruits tout au long de l'année - les loups, eux, ont colonisé jusqu'aux régions les plus septentrionales. Je note que le loup arctique traque le boeuf musqué aux abords mêmes du Pôle nord. C'est donc en suivant les meutes de loups pour "partager" avec eux leurs proies, que les chasseurs du Paléolithique ont pu se disperser sur toute la Terre et je pense notamment aux actuels Amérindiens. En effet, eux ont colonisé les Amériques voici peut-être cinquante millénaires, depuis l'Asie, en empruntant le détroit dit de Béring. Détroit où les Aléoutes qui chassent pour leur part le morse, ont conservé cette tradition qui consiste à laisser sur la banquise un joli morceau de l'animal capturé. Tradition qui remonte à la nuit des temps et, du moins, à l'aube de ce que nous pouvons appeler la mondialisation, pour ce que les actuels Aléoutes, par ce geste de partage avec l'ours blanc, remercient encore aujourd'hui ce dernier de leur avoir - il y a fort longtemps - appris à tuer un animal aussi puissant et dangereux que le morse ! Et pour en revenir au loup, si les Amérindiens ont conservé une si forte vénération pour cet animal on ne peut plus féroce, mais également rusé, c'est bien parce que le loup leur a appris à chasser nombre de mammifères, dont l'imposant bison. Voire les a chassés pour eux, de longs milliers d'années durant. Or, du loup au berger, il n'y a qu'un pas pourrait-on dire : en effet, les anciennes proies que constituaient les mouflons et les bouquetins ont lentement été apprivoisées, puis domestiquées, de telle sorte que le chasseur des temps préhistoriques est progressivement devenu un pasteur (nomade) ... Pour finir par se transformer en éleveur moderne. Je note que c'est cet éleveur qui est principalement "attaqué" par les loups (réintroduits en France, suite à la signature en 1989 de la Convention de Berne), parce que le pasteur nomade dispose pour sa part de "loups" (chiens de protection issus des loups sauvages) capables de protéger ses troupeaux. L'éleveur, lui, travaille surtout avec des parcs, où les brebis sont piégées. Or je trouve qu'il est dommage que nos sociétés occidentales ont privilégié un mode de survie où les droits des loisirs supplantent ceux du travail. Je veux dire par là qu'un berger situé dans une zone "à loups" ne peut laisser circuler ses "patous" sans risquer de (fortes) amendes et autres pénalités financières, eu égard aux touristes, qui, eux, veulent pouvoir circuler coûte que coûte aux abords des troupeaux ... J'entends les gens, dont des amis qui me sont chers, se plaindre de plus en plus des bergers et de leurs chiens ... Je constate, ici aux abords d'Aix, que les utilisateurs des pistes DFCI (dont j'entretiens gratuitement les bordures avec mes chèvres) veulent pouvoir circuler sans même ralentir (à peine me saluer), alors que moi, je travaille pour la sécurité de tous. Il n'y a donc pas - ou si peu - de respect pour celui qui bosse ? D'autant que nous, les bergers, nous sommes au boulot tous les jours de l'année, jours de fête ou pas, malades ou pas ... Sommes-nous une espèce vouée à disparaître ? Car lorsque je constate comment les Maasaïs ont été dépossédés de leurs pâturages par les colons anglais ... À cause des lions ... Je me dis que la réintroduction des loups a bel et bien sonné notre fin ...
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