LE CAUCHEMAR DU BERGER
Ou : "Dubeauf père parviendra-t-il (enfin) à mettre Flèche Brûlée au pas ..."__________________ Tiens ! Comme c'est amusant !! À force de parler des Dubeauf ... Eh bien, pas plus tard que la nuit
dernière ... J'ai rêvé de la famille Dubeauf, race toxique, s'il en existe sur cette basse Terre ! Et, plus précisément, j'ai rêvé du père Dubeauf. Oui, en effet, c'est ce dernier - dans mon rêve -
qui est venu me voir ... Comme par hasard, le jeudi 5 août dernier. Je dis "comme par hasard", parce que, bien entendu, il a profité de ce que j'avais du m'absenter, au vu et au su de tous, pour
tenter alors de s'introduire dans mon campement : mon "établissement", pour reprendre ici les termes de son courrier du 6 août, qu'il m'a alors adressé le 10 août (toujours dans mon rêve, faut-il
le préciser ?). "Comme par hasard", il a tenté de s'introduire chez moi en mon absence : en effet, j'avais informé la veille la patrouille de gendarmerie locale de ce qu'il me faudrait m'absenter
le 5 août dans la matinée. Or, toujours dans mon rêve, M. Dubeauf et ses services se sont donc rendus chez moi, accompagnés par la gendarmerie. Tout laisse ainsi à penser qu'il existe un lien de
causalité indiscutable, d'autant que la gendarmerie d'Aix a par ailleurs depuis longtemps connaissance de mon numéro de téléphone portable : or, à ce que j'en sache, dans mon rêve, les gendarmes ne
m'ont pas contacté. Ce qui aurait pu (ou du ?) leur éviter de trouver "porte close" et, du moins, 7 Kangal pas très agréables à regarder et qui les attendaient, eux, bien-sûr, babines retroussées.
Car eux n'aiment pas les Dubeauf. Or, visiblement, Dubeauf ne m'apprécie pas non plus. Car s'il était un ami - en vrai comme dans un rêve - alors pourquoi viendrait-il, tel un petit nain abject, si
gentiment escorté par les flics ? Bon, de toute évidence, il n'y a pas le feu au lac, car il ne s'agit jamais ici que d'un rêve ... Un mauvais rêve ? Je ne saurais le dire, mais, pour le moins, un
rêve au goût étrange, du style collabo zélé sous Vichy ! D'autant que, dans ce rêve, il semblerait que Dubeauf père souhaite malgré tout revenir, "afin d'étudier ensemble les actions correctives à
mettre en place, concernant ces points". Euh, mais au fait, cher ami, de quels "points" s'agit-il, en définitive ? C'est ce que je vous propose de découvrir ci-après, dans ma lettre ouverte que
j'adresse à M. Dubeauf père et dont je livre la teneur ci-dessous :__________________________________ "Salut à toi, mon cher ami Dubeauf : je vais m'efforcer ici de répondre, point par point, à
chacune de tes interrogations ... Heu, lorsque je dis "m'efforcer", c'est que la plupart de tes questions - pour ne pas dire toutes - me paraissent, vu du berger que je suis, à ce point débiles ...
Que je me demande si tu as déjà mis un pied dans la Nature, une fois dans ta vie !!! Au mieux, as-tu lu Giono une fois dans ta vie ? Permet que j'en doute ! Oui, mon pauvre Dubeauf : j'en doute
fortement ...Démonstration : le commentaire global de ton rapport d'inspection conclut à un hébergement des animaux en extérieur constitué de "terre battue générant beaucoup de poussière et parc
jonché de bois mort". C'est complètement absurde ! En effet, mon troupeau stationne dans ce parc arboré depuis plus de 6 années, sauf lorsque je l'emmène chercher sa nourriture dans le maquis, près
de dix heures durant, au minimum, chaque jour. Tous les jours que Dieu fait, faut-il le préciser. Ainsi, personnellement, je n'ai pas pris le moindre jour de repos depuis plus de 12 ans. Peux-tu en
dire autant, Dubeauf ? Pour revenir à l'aire de parquage du troupeau, le crottin de mes chèvres s'accumule et séche au fur et à mesure qu'elles y stationnent. Il n'y a donc plus de terre depuis de
lonhues années !!! En outre, concernant la poussière, sache également une chose, mon cher Dubeauf : lorsque, par moment, mes chèvres ont malgré tout le choix de pouvoir dormir sur l'herbe,
systématiquement, elles la grattent, pour faire apparaître la terre poussiéreuse et se vautrer dedans : où est donc le problème, concernant la "poussière", puisqu'elles l'affectionnent à ce point ?
Mais tu l'ignorais, stupide bureaucrate que tu es !!! De surcroît, sauf temps de pluies violentes, mes bêtes dorment de préférence sur leur épaisse couche de crottin séché : tiens donc ! C'est plus
moelleux que le sol caillouteux et en hiver, la fermentation qui se produit dans les couches inférieures les réchauffe, de surcroît ... Donc où est le problème, Dubeauf ? Oui ! Vas-y, dis-moi,
puisque tu es si intelligent, toi qui a fait des études !!! Ainsi, tu voudrais que mes chèvres dorment dans une bergerie où la paille s'imbibe d'urine, par manque de soleil et constitue alors des
nids à microbes à n'en plus finir ? Non, mais tu débloques, mon cher Dubeauf ! Tu débloques à donf, car, enfin, lorsque tu me demandes "à quelle fréquence" mes chèvres sont alimentées, et si elles
peuvent boire et si elles ont un abri contre les intempéries ... C'est vraiment à croire qu'en dehors de tes hangars, où tu entasses tes bêtes en "stabulation libre" par centaines, nul animal ne
saurait survivre ! Et c'est bien là un comble !!! Parce que je te rappelle que le Créateur, en face duquel je me tiens en toute droiture et j'en suis fier, a créé les bêtes en pleine Nature, avec
un pelage fourni de laine dès l'automne, laine qui mue et qui tombe dès les premiers beaux jours, de telle sorte qu'elles ne craignent ni le froid, ni la pluie ... En outre, comme elles vivent
dehors, elles peuvent s'alimenter à volonté, ce qui constitue en vérité le meilleur des "abris" qui soit ! Car leur panse pleine, qui fermente, les réchauffe, ce que tu ne saurais ignorer, Monsieur
Dubeauf, toi le vétérinaire ... Parce que toi, en définitive, comme tu achètes l'aliment que tu donnes à tes bêtes, cela finit par te revenir cher et c'est l'unique raison pour laquelle tu enfermes
les malheureuses bêtes que tu dis "aimer"... Tu les enfermes, comme cela, immobilisées, elles "dépensent" beaucoup moins en calories ; elles te coûtent donc moins ! Puis, isolées du froid en hiver,
elles consomment également moins pour résister aux basses températres et là encore, elles te coûtent moins ! Etc. Là est l'unique raison pour laquelle tu enfermes les bêtes, en leur apportant des
tonnes d'aliments douteux dans leurs mangeoires, plutôt que les emmener tous les jours gambader dans les collines ! Tu sais Dubeauf, en définitive, les pauvres types comme toi, ils font semblant
d'aimer les animaux, mais parce que ces derniers leur rapportent de confortables revenus : un vétérinaire, c'est pas un type au Smic ! Tandis que nous autres, les bergers, on se moque de tes gros
revenus comme tu peux même pas imaginer !!! On s'en moque, parce que toutes ces putains de lois que toi et ta clique, vous avez faites voter, ces lois nous interdisent de travailler décemment, sans
nous retrouver nécessairement dans l'illégalité ... Ainsi, toi, super-véto en chef de la Protection des populations, le vendredi soir, tu te débines pour prendre ton "week-end", alors que nous
autres, les simples bergers que tu hais, que ce soit à Noël ou à Pâques, on est toujours sur le pont et nous, on assure ! Alors, tu vois, Dubeauf, tu vas commencer par fermer ta grande gueule,
parce que je vais te mettre une mise au poing dont tu vas te rappeler un petit moment, crois-moi ! Car à trop vouloir venir faire la morale à un type intègre comme moi, tu sais Dubeauf, il existe
un dicton dans notre belle langue de la république qui dit à peu près ceci : "Qui sème le vent, récolte la tempête ..." Si tu crois pouvoir revenir me narguer avec tes deux gendarmes, c'est face à
vingt Tunisiens lourdement armés que tu vas finir par te retrouver, si tu continues à me chauffer les oreilles, espèce de pute de collabo !!! Mais je continue ici la liste de tes réclamations :
absence de médailles, qui plus est, à chaque oreille ... Non, mais, je rêve, Dubeauf ! Tu me les payes, tes putains de médailles informatisées, détectables à chaque passage de "big brother" dans la
stratosphère ????? Dis-toi bien une chose, mon cher Dubeauf : je ne suis pas ton valet, met-toi bien ça dans ta petite cervelle de moineau servile ... En outre, mon cher ami, tes médailles qui
coûtent si cher, elles finissent par s'arracher, au beau milieu des broussailles, mais ça, c'est visiblement pas ton problème ! C'est visiblement pas ton problème que mes chèvres se déchirent les
oreilles à cause de tes putes de médailles au milieu des broussailles ... Donc tu m'as noté avec la lettre "C" comme connard et tu ne manques pas d'air, mon cher ami Dubeauf !!! Tu ne manques pas
d'air, parce que tu te permets de venir me noter en mon absence, qui plus est, sur des déclarations mensongères .... Ainsi, moi je serais tenté de te mettre la note "D". D comme "désolant", mais je
te rassure : je te mets un "E". E comme "enculé". Ça te va encore mieux ! J'en arrive à présent à l'absence de "prophylaxie" sur mon troupeau, c'est à dire les pseudo tests censés révéler
annuellement si un troupeau est - ou non - contaminé par la fièvre de Malte, pour ce que cette dernière est transimissible aux humains non vaccinés par leurs propres bêtes. Tout d'abord, mon cher
Dubeauf, les tests en question (rose de Bengale + fixation du complément) sont à ma charge et ils me coûtent trop chers. En effet, depuis 1998 il ne m'est plus possible de commercialiser du fromage
et depuis le 7 janvier 2005, je ne peux même plus vendre mes cabris aux Musulmans : l'abattoir le plus proche se situe à près de 100 km d'ici, soit 400 km (2 aller et retour) pour un animal ... Mon
troupeau ne m'occasionnant plus de rentrées de fric, je n'ai donc plus les moyens de payer le véto, puisque je suis trop con à tes yeux pour effectuer moi-même les prises de sang ! À ceci s'ajoute
le fait que ni le test au rose de Bengale, ni la fixation du complément ne permettent de prouver qu'une chèvre est porteuse de brucelles ... De ce fait, mon cher Dubeauf, pourquoi voudrais-tu que
je me saigne pour financer la "prophylaxie"? Oui, explique-moi, toi qui es si intelligent !!! Enfin, Dubeauf, maintenant, venons-en aux chèvres maigres. Et, plus précisément, aux vieilles : est-ce
que la famille Dubeauf possède une recette pour empêcher de vieillir ??? Ah, j'allais oublier : c'est vrai que chez les Dubeauf, on appelle "chèvre de réforme" une bête qui atteint l'âge ... De 6
ans ! Ce qui correspond tout juste à son âge adulte ... Ainsi, chez moi les chèvres vivent jusqu'à 12, 13 et parfois même 16 ans et elles meurent de leur belle mort au milieu du troupeau, quand ce
n'est au milieu des bois ... Où elles permettent alors aux sangliers comme aux renards de s'alimenter ... Tandis que chez les Dubeauf père et fils, une bête est "vieille" dès l'âge de six ans, je
l'ai déjà dit. Ainsi, pour tout remerciement pour ses bons et loyaux services (900 kg de lait produits dès la première année de mise en service = généralement, dès l'âge de six mois), on la
refourgue au premier "marchand" venu, c'est à dire au maquignon, qui, lui, va la revendre à un chevillard, qui lui, une fois lâchement, abattue la refile à un boucher, etc. Ainsi, pour conclure,
mon ami Dubeauf - et parce que tu peux aisément comprendre que je ne vais pas passer ma vie scotché à tes basques - tu es un mec bien : je n'en doute pas un instant ! Toutefois, souffre que je
m'étonne de ce que tu viennes si subitement te soucier de mes chèvres. Cela fait tout de même 21 ans que j'ai conduit mon troupeau au travers de pas mal d'épreuves et je ne t'ai pas attendu pour
savoir ce que j'ai à faire ... Tu sais, Dubeauf, moi je vis aux côtés des troupeaux depuis l'âge de 11 ans ; or, j'approche à grands pas de la cinquantaine ! Bon, euh, ceci dit, c'est vrai que
depuis un certain temps, le maire de St Marc Jaumegarde essaie de me virer du territoire de sa commune par tous les moyens possibles, voire imaginables. Ainsi, quelque chose me dit que ton intérêt
si soudain pour mes animaux ... M'enfin ! Comprenne qui pourra ... Toujours est-il, vois-tu, que la moralité de toute cette petite histoire - un mauvais rêve, suis-je tenté de dire - c'est qu'il
n'y a AUCUN correctif à apporter à ma façon de faire avec les bêtes. J'ai bien dit : "aucun". Salutations cordiales, mon cher Dubeauf ! _________________________ P.S. : À toutes fins utiles, je te
rappelle que j'exerce avec mon troupeau une mission de service public. Ce n'est pas moi qui le dis, mais le maire qui l'a écrit courant mars 2005 au TGI d'Avignon, où j'étais placé en liquidation
judiciaire à pareille époque. Ainsi, le maire qui m'avait fait venir en 2004, précisément aux fins de débroussailler les bordures des pistes classées DFCI, entendait par ce courrier éviter que mon
troupeau ne soit "liquidé". C'est donc au titre de personne mandatée pour effectuer ledit "service de mission publique" que j'entends désormais faire valoir mes droits, le cas échéant où tu
t'amuserais à venir me revoir. J'emporte désormais un enregistreur sur moi, afin de pouvoir communiquer la teneur de tes propos le soir même à mes Avocats. À bon lecteur ...
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