"Maasaïs : Des Safari qui anéantissent un Peuple"

Les Maasaïs descendent de populations pastorales venues de la vallée du Nil vers le XV° siècle. Ils occupent depuis un territoire long de 3000 km et parlent une même langue, ou dialecte : le maa. Ils vivent au gré des migrations saisonnières de leurs troupeaux de bovins, caprins et ovins, qu'ils gardent avec une maîtrise inouïe, sans utiliser ni de chiens, ni de chevaux. Ces hommes et ces femmes à l'ossature fine et élancée peuvent parcourir une centaine de kilomètres en un seul jour, sans boire ni manger, selon les dires d'un couple de Français qui a traversé l'Afrique sur près de 14 000 km, également à pied. Or, de nos jours, les Maasaïs voient le tourisme d'un mauvais oeil. En particulier la sauvegarde des prédateurs. Et pour cause ! Depuis 1961, notamment, avec la création de la première réserve d'animaux sauvages, la population Maasaï se retrouve aujourd'hui coincée entre la protection de la faune et la culture des champs de blés du nord de la réserve. Par expérience, un lion se nourrit de la proie la plus facile. Il arrive donc souvent qu'il s'attaque aux troupeaux des Maasaïs, plutôt qu'aux bêtes sauvages, qui fuient, rapides comme l'éclair. @@@@@@@@@@@@@@@@ "Chassés de leurs terres, les Masaï de Tanzanie sont menacés" ARTICLE PARU SUR RUE 89. ----------------- Par Arnaud Bebien | Journaliste | 27/06/2010 | (De Tanzanie)-------------------------- "Des éleveurs masaï, enroulés dans leur traditionnelle toge rouge, scrutant l'horizon. L'image est connue. Mais le mode de vie semi-nomade de ce peuple d'Afrique de l'Est est aujourd'hui en danger. Le 16 mai dernier, des Masaï ont manifesté dans le Nord de la Tanzanie. Un investisseur français envisage en effet de construire un hôtel sur leurs terres ancestrales situées près des parcs nationaux, très fréquentés par les touristes. Ce n'est pas la première fois qu'ils apprennent une telle nouvelle. Quand ils ne se font pas tout simplement déloger… Ainsi en juillet 2009, la tournure des évènements fut des plus graves dans le Nord du pays. Avec comme protagoniste, cette fois, la famille royale des Emirats arabes unis. La délicatesse des Emirats… Les richissimes ressortissants des Emirats, qui possèdent la compagnie de chasse Otterlo, ont le droit de tuer depuis 1992 des animaux dans des réserves leur appartenant (près de 4 000 km2 au total). Installés à grands coups de mobil-homes et de vans géants à côté de la grande plaine du Serengeti, la famille royale a les animaux dans le viseur. Se sentant trop à l'étroit dans leur corridor de tir, ils décident d'y ajouter quelques hectares. Problème : des Masaï vivent sur les territoires environnants où leurs vaches se délectent des vertes prairies à la saison des pluies. Les dignitaires arabes décident alors d'utiliser la force, avec l'« aimable » et étrange complicité des policiers tanzaniens. Résultats : huit villages masaï sont brûlés, laissant 3 000 personnes sans abris, et des femmes sont violées. Début juin, dans la presse tanzanienne, le responsable d'Otterlo en Tanzanie, Isaac Nolel, tentait de calmer le jeu, malgré les rapports alarmants reçus l'an passé par l'ONG Survival, qui se charge de protéger les Masaï du Kenya et de Tanzanie depuis 1993. L'ONG précise d'ailleurs sur son site que la famille royale avait fait la même chose un peu plus au Sud du pays en 2007 avec les Hadzabe, un peuple de chasseurs-cueilleurs en voie d'extinction en Tanzanie. Isaac Nolel, lui, rappelle les infrastructures construites et les aides (*) apportées aux populations locales avec le fond des Emirats de 750 000 dollars. Il omet toutefois de mentionner les Masaïs arrêtés et emprisonnés pour s'être approchés trop près des réserves d'Otterlo. « Les Masaïs sont des êtres humains, non du bétail » Cette année, signe que rien ne s'arrange, des parlementaires tanzaniens ont fait savoir qu'ils veulent expulser avant la fin de l'année 65 000 éleveurs Masaïs de la zone de conservation du Ngorongoro. Une décision qui fait suite à l'avertissement adressé l'an passé par l'Unesco au gouvernement tanzanien. Le Ngorongoro, cratère de 20 km de diamètre et paradis de la vie animale, figure au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco. Et c'est justement de cette liste que le Ngorongoro est menacé d'être retiré. Pas question, a rétorqué la ministre du Tourisme, voyant déjà le nombre de touristes fondant comme les glaciers au sommet du mont Kilimandjaro non loin de là. Pour l'Unesco, c'est précisément la présence des Masaï qui est responsable de la détérioration de l'environnement. Sans nier leur trop grand nombre (l'Unesco impose une limite à 25 000), les défenseurs des Masaï n'oublient pas de rappeler que le tourisme empiète de plus en plus sur des terres occupées depuis des siècles par ce peuple. Et il serait préjudiciable pour l'économie de pointer du doigt le tourisme et surtout le tort causé à l'environnement par les véhicules transportant les touristes en qu ête de photos souvenirs des « big five » (léopards, lions, éléphants, rhinocéros, buffles). En juillet-août, point d'orgue de la saison touristique, on estime à près de 500 le nombre de gros 4x4 par jour dans l'enceinte du cratère, rapportant chacun 200 dollars plus 50 dollars par personne transportée, en droits d'entrée. Le calcul est vite fait, entre des millions de dollars et des milliers de modestes éleveurs masaï. Une députée tanzanienne d'origine masaï espère trouver une issue favorable et rappelle qu'il faut « une approche humaine, car les Masaïs sont des êtres humains et non du bétail ». Privés des meilleures terres, les Masaïs s'appauvrissent. Sans cesse repoussés, comme en 1959 quand les colons anglais les expulsèrent du parc voisin du Serengeti, les Masaï sont reclus sur les plus mauvaises terres et sont victimes de sécheresses qui déciment leurs troupeaux, leur bien le plus précieux. C'est ce que dit d'ailleurs Survival en conclusion : « Depuis la période coloniale, la plupart des terres masaïs ont été accaparées au profit de fermiers et de domaines privés, de projets gouvernementaux ou de parcs consacrés à la vie sauvage. La majorité des Masaïs, à qui trop peu de terres ou les plus mauvaises ont été laissées, se sont considérablement appauvris. » C'est ainsi qu'ils ont rejoint les villes, et notamment Arusha, la grande agglomération du Nord de la Tanzanie. Ce qui les y attend n'est guère mieux. Enroulés dans des couvertures, la plupart sont gardiens de nuit de commerces et de propriétés privées." -------------------------------------------- VOICI QUELQUES COMMENTAIRES POSTÉS SUR RUE 89 suite à cet article : De Autist Reading Plombier/Electricien | 17H38 | 27/06/2010 | "Safari-chasse à courre, même mépris pour les droits des habitants." De karlM 17H41 | 27/06/2010 | "Au Mali des villages entiers sont rasés par les Chinois, pour cultiver et exporter vers la Chine. Le mur se rapproche dangereusement, les crises écologiques sont niées." De Le point Omega- chanteur impopulaire | 19H49 | 27/06/2010 | "C'est aussi le cas des Bushmens de la réserve du Kalahari central, au Botswana, qui ont été contraints de quitter leur terre ancestrale au cours de plusieurs vagues d’expulsion forcée planifiées par le gouvernement botswanais. En 2006, ils gagnèrent un procès historique dans lequel la Haute Cour du Botswana jugea leur expulsion “illégale et anticonstitutionnelle”. Depuis lors, le gouvernement a arrêté plus de 50 Bushmens parce qu’ils chassaient pour nourrir leurs familles et a condamné leurs puits, les privant ainsi de leur unique source d’eau. Dans l’impossibilité de retourner chez eux, des centaines de Bushmens sont toujours parqués dans des camps de "relocalisation". C'est hélas l'établissement d'autres gens irrespectueux, étrangers à leurs valeurs et à leur mode de vie, qui balayent les peuples indigènes et détruisent leur culture." De V comme vendetta Ecrivain | 09H45 | 28/06/2010 | "En plus la Tanzanie n'est pas un pays musulman, Zanzibar l'est, qui n'est plus qu'une province de ce pays, ile au large de Dar Es Salaam. La population musulmane y est meme minoritaire, au alentour de 35%, le reste etant Chretien (45% dont plus de la moitie de Protestant), et animiste (20%)." De Salaves Métallo | 19H17 | 28/06/2010 | "Pendant des siècles, en partant de Zanzibar, la Tanzanie a été exploitée par les pays arabes et notamment ceux de la péninsule d'Arabie, pour une richesse tout autre que les safaris, les esclaves, la traite qui a duré plus de 1000 ans. Peut-être même que les guerriers Masaïs ont servi de supplétifs aux esclavagistes, en attaquants les villages de populations sédentaires, avec lesquelles ils se disputaient les meilleures terres. Et maintenant ces scélérats d'émirs continuent à exploiter cette région comme si elle n'était qu'une annex e de leur propre pays, et ils le feront sans aucun scrupule. Sans oublier, bien sûr, nous autres occidentaux et nos contingents de touristes qui ne veulent pas se contenter de voir la faune sauvage au travers des reportages télé ou dans des zoos. Tous ces petits bourgeois qui ne savent pas quoi faire de leur fric et qui pensent que le tourisme qu’ils amènent est forcément une bonne chose pour les autochtones, comme l'était la colonisation en son temps. L’argent facile, la corruption, ces pays auront bien du mal à s’en sortir. Quant aux nomades ils sont condamnés à disparaître, car comme la faune sauvage, il n’y aura plus de place pour eux, à moins qu’on les parque eux aussi dans des réserves qui seront grignotées petit à petit par au nom du développement. L’avenir est une Terre avec des dizaines et des dizaines de milliards d’êtres humains et pas grand-chose à leur côté. Croissez et multipliez vous qu’il disait l’autre rigolo. C’est ce qu’on fait. Amen." De phc1949 Retraité | 18H29 | 27/06/2010 | "Mais qui sont ces touristes si ce ne sont les bobos-écolos du monde Occidental. Comme l'étaient aux XIXème siècle les mangeurs de langue de bisons fumée." De Herby | 06H23 | 28/06/2010 | "J'en suis un ("bobos-écolos du monde Occidental")!!!! Plus sérieusement, j'ai voyagé dans cette région en 2001 lors d'un photo-reportage. Une première chose à noter en Tanzanie, c'est que les safaris y sont extrêmement chers. De mémoire, je crois que le droit d'entrée dans une réserve est de 100US$ pour une journée à quoi il faut ajouter le salaire du guide, la location du véhicule, la nourriture... Au final, l'addition se situe autour des 300US$/jour (et les tarifs ont sans doute évolué depuis) et cette facture double si l'on souhaite dormir dans un lodge au milieu du parc. A la différence du Kenya voisin, la Tanzanie cherche, en pratiquant des tarifs élevés, à limiter le nombre de touristes. Politique plutôt louable quand on regarde les désastres du tourisme de masse au Kenya. Même si ce n'était pas le but de mon voyage, j'ai consacré 2 jours pour un safari dans le Ngorongoro. Je voyageais avec 2 allemands rencontrés en chemin. Le matin du 2è jour, notre guide nous a proposé la visite d'un village Masai ce que nous avons accepté. Et nous nous sommes retrouvés dans un village spectacle où le bétail avait été remplacé par des stands de souvenirs. Quelques Masai ont entamé une danse traditionnelle en nous voyant et notre guide, sentant que ce spectacle ne nous plaisait pas vraiment, a commencé à hurler sur le s villageois pour qu'ils mettent un peu plus d'entrain. Puis en voyant l'insistance de notre guide pour que nous achetions des souvenirs, j'ai vite compris que ce dernier touchait une grosse commission (dans le meilleur des cas), voire captait la quasi totalité de l'argent dépensé par les touristes, ne laissant que des miettes aux malheureux villageois. Après à peine 10 minutes dans ce village, nous sommes repartis avec un profond sentiment de gêne, voir de culpabilité face à ce spectacle lamentable. Au final, ces Masai se retrouvent coupés de leur moyen de survie traditionnel (l'élevage) et exploités par des agences touristiques tellement cupides qu'elles vont jusqu'à transformer un village en une sorte de zoo où les "animaux" doivent faire le spectacle pour le visiteur. J'ai par la suite tenté d'évoquer ce problème avec le guide mais il m'a rétorqué que les autres villages Masai sont hostiles aux étrangers et refusent de se prêter au jeu du tourisme. Sans blague ! Certains Masais ont encore une dignité et refusent d'être traités comme des animaux en cage. Mais notre pauvre guide, lui, ne voyait là qu'un énorme manque à gagner... En conclusion, comme un peu partout, ce qui participe à la croissance du PIB est préservé et protégé (comme les animaux sauvages dans les réserves). Et les autochtones, dont le mode de vie ne favorise pas suffisamment l'afflux des dollars, sont quasiment voués à disparaître". (*)je note ici que ces généreux émirs, qui prient Allah 5 fois par jour, rendent des Peuples entiers dépendants de leurs pétro-dollars nauséabonds ... Quel scandale, que cet "islam" de riches !! La seule façon de stopper le génocide des Maasaïs, c'est de stopper net notre consommation de pétrole ! "Roulez à pied" est mon slogan, depuis août 2002, date à laquelle j'ai définitivement rangé ma (vieille) voiture au garage. Flèche Brûlée.
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