REGENERER LES SOUS-BOIS.
Depuis que l'agriculture existe, tous les moyens ont alors été bons pour jeter le discrédit sur les bergers-pasteurs. Ces derniers, en effet, ont dès lors représenté une menace, non seulement pour
les champs cultivés, mais, de surcroît, pour l'idée même de l'appropriation des terres. Jusqu'à l'avènement de la culture des plantes, la notion de propriété était réservée au troupeau (le capital,
mot dérivé de caput, capitis = la tête en latin). Or, alors que les véritables défricheurs-déforesteurs ont bien été les cultivateurs, ces derniers n'ont toutefois eu de cesse de répandre l'idée
(fausse) que la déforestation a été le fait des bergers et de leurs troupeaux. Dans un 1er temps, je vais montrer en quoi il s'agit d'une calomnieuse dénonciation, puis, je m'emploierai à mettre en
évidence comment un troupeau peut régénérer un couvert forestier. Le pic de glaciation de Würm IV (ultime période glaciaire du quaternaire) semble avoir été atteint il y a environ 20 000 ans. A
cette époque, la calotte de glace atteignait 2 à 3km d'épaisseur dans l'actuel nord de la France. L'été, les icebergs flottaient à Gibraltar ; les mers se situaient à 120 mètres au-dessous du
niveau présent. La faune qui peuplait notre Hexagone était constituée par des rennes, des bisons, des léopards des neiges, des mammouths... Puis, le climat se réchauffant notamment sous les effets
conjugués des variations de l'obliquité de l'axe de rotation de notre Terre, de la précession climatique des équinoxes et de l'excentricité de l'orbite elliptique de notre planète, la faune dite
froide s'est progressivement cantonnée en Europe du nord, tandisque d'autres espèces se dispersaient, arrivées de zones plus tempérées. Il s'agissait notamment de cervidés, de chevaux et de boeufs.
Ces espèces ont proliféré de la même manière qu'en Amérique, avant l'intrusion des colons européens. C'était de ce fait des millions d'herbivores qui ont, tour à tour, colonisé notre actuelle
France. Or, durant cette "invasion", le couvert forestier est passé de 0 à tant de millions d'hectares qu'à l'époque où les Romains nous colonisèrent, notre pays était recouvert de bois. Et ce,
malgré le pâturage de millions d'animaux sauvages ... Ceci est une 1ère constatation. La 2° est liée à l'apparition des troupeaux domestiques en Provence. Le plus vieil emplacement connu par les
paléontologues est appelé le Grand Abri de Châteauneuf les Martigues. Il fut notamment fouillé en 1947 par Max Escalon de Fonton qui a établi la consommation de caprins ou d'ovins dès le milieu du
6° millénaire av. JC. Or, la végétation de type méditerranéenne est déjà installée depuis plus de 2 millénaires, lorsque les premiers troupeaux font leur apparition. Et il faudra 2 longs milliers
d'années pour que la part d'animaux prélevés dans les troupeaux pour être consommés excède celle de gibier tué dans ce même objectif. Ainsi, la végétation de type méditerranéenne arbustive n'est
pas "le résultat" du sur-pâturage opéré par les bergers et leurs troupeaux, comme le prétendent leurs détracteurs, office national des Forêts en tête. Je précise que ce type de végétation est par
ailleurs apparu en Afrique du sud, en Australie, en Asie et en Californie... alors que l'élevage des chèvres, s'il y est pratiqué... l'est si récemment que nul ne pourrait lui imputer une telle
"déterioration" du couvert végétal, puisque c'est bien en ces termes que les scientifiques s'expriment . Or, en ce qui me concerne, plutôt que parler de dégradation, je préfère employer le terme
d'adaptation. Il me paraît plus exact. Enfin, pour clore ce chapitre, si, partout dans le Monde où paissent des chèvres la végétation a du se dégrader, alors comment se fait-il que les prairies
kirghizes ou encore mongoles ne se soient pas désertifiées ? Autant que je sache, plusieurs millénaires d'élevage n'auront pas suffi à transformer de vertes prairies en roccailles stériles ! L'idée
selon laquelle le pâturage par les troupeaux fait périr toute végétation est bel et bien un mythe... très vraisemblablement imaginé par le cultivateur Caïn pour discréditer son frère Abel... Nous
arrivons à présent à l'action qu'exercent les herbivores sur la végétation. Je rappelle que tout végétal a, certes besoin de sels minéraux et d'eau pour assurer sa croissance, mais cela n'est pas
tout. En effet, outre de l'oxygène nécessaire à sa respiration, une plante a un besoin en CO2 dans des proportions largement supérieures à l'O2. C'est, qui plus est, grâce à un ensoleillement
suffisant, que l'activité photosynthétique peut alors s'opérer. Cela consiste à capter le CO2, à scinder cette molécule en C, d'une part et O2, d'autre part. O2 est alors rejeté dans l'air, en
quantités plus de 10x supérieures à ce que la même plante absorbe par ses mitochondries pour assurer sa propre respiration (ou oxydation). Ainsi, à laisser pousser des arbustes, puis des arbres
sans exercer sur ces peuplements la moindre prédation (éclaircissage naturel) est contre-productif. Cela conduit les arbres à s'étioler par manque de lumière et les forêts qui résultent d'une telle
politique résistent très mal aux tempêtes. Les troncs restent grêles et le système racinaire très insuffisant, parce que ces arbres ne sont en mesure d'étendre leurs frondaisons et de prospérer. Je
précise que les molécules de carbone captées par la photosynthèse s'associent à la sève brute qui monte des racines (eau + sels minéraux) pour constituer la sève élaborée. De fin mars à fin août,
cette sève élaborée vient nourrir le bois tendre de l'année (aubier). Ce bois est constitué essentiellement de parenchyme (tissus de nutrution) et va permettre à l'arbre de résister à la mauvaise
saison. Assainir les sous-bois en permettant aux herbivores de supprimer nombre de repousses est donc salutaire pour les arbres restants !! Qui plus est, tout le monde sait que les végétaux,
lorsqu'ils sont taillés sont revigorés par les appels de sève induits par l'action de la taille ou de l'élagage. Ainsi le pâturage des troupeaux dans les zones boisées est-il recommandé afin
d'obtenir une fûtaie espacée et saine.
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